Retrouvez Tahiti 80 sur Msypace
Ecoute disponible sur demande
« Activity center », vous connaissez, c’est ce gros jouet d’éveil Fisher Price bourré de sons en plastique qu’un adulte normalement constitué ne résiste pas à triturer avec une jubilation ludique. « Activity center », c’est aussi le titre du nouvel album deS Tahiti 80. Et il résume exactement leur agenda existentiel. C’est qu’à l’évidence, quelque chose s’est libérée chez les quatre rouannais. Leur fastueuse pop symphonique emmenée par le falsetto de Xavier Boyer trouve une nouvelle jeunesse en se mêlant à un rock plus spontané, plus brut, plus live. Bref, après quinze ans d’existence, le groupe français le plus prisé des Japonais a décidé de se simplifier la vie. Et signe ainsi son meilleur disque à ce jour. Du genre qui récapitule et donne sens à une trajectoire aux détours inattendus et au désir d’expérimentation jamais démenti.
Une trajectoire qui commence par la rencontre de Xavier, Pedro Resende, Sylvain Marchand et Médéric Gonthier à Rouen. Car Tahiti 80, rappelons le, c’est ce groupe qui n’a rien à voir avec un dom tom tropical ou la décennie new-wave. Mais qui doit son nom à un t-shirt que le père de Xavier a un jour ramené de vacances. Et que le groupe, lorsqu’il s’invente en 1993, trouve parfait, tant il résume le côté sunny et mystérieux de l’affaire — « c’était une façon de brouiller les pistes », raconte Xavier. « Bon, peut-être avons nous eu tendance à les brouiller un peu trop…» Tahiti 80, c’est d’abord une association de geek flamboyants littéralement obsédés par la musique. Celle des Beatles évidemment. Mais aussi celle des Stones Roses — « le premier groupe qui, par son ouverture à l’acide house, sonnait rétro sans être passéiste » précise Xavier. Et bien sûr les sublimes complexités harmoniques des Left Banke, Zombies, Beach Boys et autres esthètes sixties. Sans oublier les pépites expérimentales d’Aphex Twin ou le rock métissé des Clash — « ne jamais faire le même disque et passer de White Riot à The Magnificient Seven, c’est vraiment une démarche qui nous parlait. » Ce sera donc « Puzzle », premier album euphorique et érudit publié en 1999, qui se plait à croiser mille références tout en s’ancrant dans l’endless summer 60’s. Et si une chanson s’intitule « Mr Davies », c’est certes en hommage aux Kinks mais c’est avant tout allégeance au bel art du songwriting. Puisque « dans une pop song », rappelle Xavier, « tu peux ressentir des émotions fines à travers une simple progression harmonique. C’est d’abord ce rapport un peu fanatique à la musique qui nous réunissait. »
Et c’est là que survient l’imprévu. Tahiti 80 cartonne au Japon. « Puzzle » y décroche un disque d’or et « Heart beat » devient le quatrième morceau le plus programmé en 2000 sur les radios nipponnes. La France n’est pas au rendez-vous ? Qu’importe. Los Angeles, Londres et Tokyo raffolent de la sunshine pop des Rouennais.
Qui du coup s’offrent pour leur second album les services de Richard Hewson, arrangeur de cordes sur quelques disques cultes (James Taylor, « Let it be » des Beatles, Nick Drake). L’occasion de se retrouver face à un orchestre ou devant le piano sur lequel Paul Mc Cartney a enregistré « Hey Jude ». Ça marque. Soyeux et aérien, « Wall paper for the soul » encapsule l’idée de la musique selon les Tahiti 80 : une indispensable légèreté de l’âme. Pour la deuxième fois, au Japon, le groupe se retrouve en concurrence avec Bon Jovi et le bat au hit-parade. Ca fait drôle. Mais la France ? « On était un peu décalé », constate Xavier. « A Paris, les journalistes nous interrogeaient sur le nom du groupe ou sur nos textes. Au Japon ils nous parlaient de Left Banke »
Entre temps, le retour du rock cartonne. Comme un pied de nez aux Strokes et leurs amis, les Tahiti 80 reviennent à leurs premières amours soul. Et d’abord l’élégance racée de Marvin Gaye et de Curtis Mayfield. Ce sera « Fosbury » : un changement audacieux de position, épaulé par deux producteurs des Nerd et d’Outkast, qui voit les Rouennais accoucher de chansons gorgées de groove, discrètement hip-hop, vraiment cool. Lors de leur tournée en Asie, le douanier coréen entonne devant eux un de leur succès. C’est étonnant.
En attendant, les Tahiti 80 élisent comme DVD de chevet « The Last Waltz » de Scorsese sur The Band, prennent de plus en plus goût aux live, commencent à produire les disques des amis (Fugu, Calc) tandis que Xavier, signant de l’anagramme d’Axe Riverboy, enregistre un savoureux album solo aux consonances folk. Bref, c’est le cap de la trentaine qui veut ça, Tahiti 80 mute : gagne en autonomie et complicité.
D’où la réussite d’ « Activity center ». Car cette fois-ci, le groupe s’est autoproduit, à l’aise et allègre dans son propre studio à Rouen. « On a enregistré des pop song plus directes, on s’est débarrassés de notre habitude de truffer nos chansons de contrepoints et d’harmonies complexes, on a cherché à se mettre d’abord au service de la mélodie. » Histoire de trouver, une fois de plus, une fraîcheur d’être.
Ça s’entend : « Activity Center » est un disque avec du grain et de l’élan. Porté par un feeling ado irrésistible — et ce n’est sans doute pas par hasard si, durant un enregistrement, Xavier relit « L’attrape-coeur » de Salinger et imagine de nouvelles lignes d’une fuite romantique et rebelle -. Ça donne des tubes potentiels comme le dansant « Unpredictable » ou le vibrant « All around ». Les wap wap wap abrasifs de « Brazil », le chaloupé « Parachute », ou la mélancolie mélodique de « Tune in ». « Activity center » ? C’est un mix perso de dream pop et de voltage rock, de Flaming Lips et de Flaming Groovies, qui sonne avant tout comme un retour aux sources. « On pensait beaucoup à American Graffiti et sa pop bubble gum », confirme Xavier. « C’était une façon de se reconnecter à l’époque de notre adolescence où nous découvrions la musique ». Comme un retour au « Puzzle » mais avec dix ans d’expérience dans les mains et les têtes. Une innocence intacte mais dotée cette fois d’un centre de gravité assumé. Un disque jubilatoire et mûr, on vous dit.
| 2009 | Activity Center |
![]() |
|
2009 |
Unpredictable |
|
|
|
|
2005 |
Fosbury |
|
|
|
|
2003 |
Wallpaper for the Soul |
|
|
|
|
2003 |
Tahiti 80 |
|
|
|
| Artiste | Date | Ville | Salle/festival |
|---|